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Annant'a strada, Sur la route

 

Annant’a strada
Sur la route
13 septembre - 17 décembre 2021

L’histoire de la Corse et des Corses c’est aussi l’histoire de leurs rapports avec l’automobile, ce moyen de transport récent, à peine un siècle et demi d’existence, qui a pourtant façonné et continue de façonner, la culture insulaire tout autant qu’il est façonné par elle, au point d’en faire, à sa manière, un élément « identitaire » au même titre que le football ou la chasse ; au point que le rapport des Corses à l’automobile est obligatoirement utilitaire, parfois passionnel et trop souvent mortel.

Passion utilitaire puisque l’équipement automobile des ménages, faute de transports en commun suffisants et à cause du relief montagneux de la Corse, dépasse largement la moyenne française. Un adage populaire, exprimé tant en langue corse qu’en français, résume d’ailleurs parfaitement la situation : In Corsica, senza vittura, ùn si pò fà nudda !, « En Corse, sans voiture on ne peut rien faire ! »

Passion sportive ensuite, comme en témoignent les efforts financiers consentis par la Collectivité de Corse et les autres collectivités publiques, pour « récupérer » la manche française du Championnat du monde des rallyes, autrement dit le Tour de Corse automobile né en 1956, débaptisé et exilé quelques années en Alsace (2010-2014) ; il fait son grand retour sur les routes insulaires en 2015. Pour ne rien dire des autres courses qui scandent le calendrier sportif local. Mais le tour disparait en 2020, posant la question du devenir de l’île comme « terrain de jeu ».

Passion ostentatoire également, constatée depuis longtemps, la Corse n’est-elle pas l’une des toutes premières régions françaises pour la détention de véhicules de luxe alors que les revenus des ménages y sont parmi les plus faibles du pays ?

Passion mortelle enfin. La vitesse excessive, le respect approximatif de certaines règles de conduite – vestige peut-être d’une forme de darwinisme routier –, ou l’abus d’alcool, voire de substances illicites, figurent parmi les raisons de l’hécatombe, sans pour autant en épuiser les causes. La création, en février 2004, d’une association d’aide aux victimes des accidents de la route – Flo routes de Corse –, tout autant que la multiplicité des croix et autres petits monuments funéraires le long des routes continuent d’indiquer le lourd tribut payé par les insulaires et le calvaire vécu par nombre de familles confrontées à la mort routière.

Dans une étude de janvier 2016, l’INSEE précise que si, en Île-de-France, la quasi-totalité de la population accède aux principaux services de la vie courante en moins de sept minutes, en revanche, seule la moitié des habitants de la Corse bénéficie des mêmes conditions d’accès ; l’île figurant en dernière position des régions métropolitaines. L’été, avec la sursaturation du réseau, met en présence des centaines de milliers de conducteurs, les uns en touristes, les autres se rendant à leur travail, les deux aux approches diamétralement opposées quant à la fonction et l’utilité de la route.

Cette exposition se propose donc de confronter ces différentes réalités du rapport de la Corse et des Corses à l’automobile en l’organisant autour de trois thèmes principaux qui permettront de rendre la complexité et la richesse de ce rapport : les Corses et l’automobile ; les Corses et les sports automobiles ; les Corses, l’automobile et le tourisme. Le fil rouge étant constitué par l’idée de la route, lien entre les hommes, terrain d’expression d’une certaine virilité et lieu de mort.

Didier Rey, commissaire de l’exposition

Dossier de presse

Page mise à jour le 27/07/2021 par JACKY LE-MENN
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